BALLET DES 9 PROVINCES DU GABON

BALLET DES 9 PROVINCES DU GABON

13. Colloque International Thème 3 : Communication de Mme Germaine ACOGNY (Sénégal) Danseuse, Chorégraphe

THEME3

"DE LA DANSE TRADITIONNELLE A LA CREATION CONTEMPORAINE AFRICAINE"

COMMUNICA TION DE MADAME Germaine ACOGNY (SENEGAL)
DANSEUSE, CHOREGRAPHE

"Le développement ressemble à une toile d'araignée, sans contour, tissée avec une multitude de fils enchevêtrés. Mais c'est la culture qui lui donne sa couleur, sa texture, sa trame, sa souplesse, sa résistance", a dit Alberto RIO SZALAY.

L'Afrique doit investir dans la culture, cet élément unificateur, pour retrouver son identité et l'affirmer au monde entier.

Dans les années 50, KEITA FODEBA (Guinée) a montré les valeurs et la beauté de la danse africaine traditionnelle adaptée à la scène. Son ballet, composé de danseurs originaire de plusieurs pays d'Afrique, a ému par sa capacité de dégager et de transmettre l'essentiel de la danse africaine.

Il ne faut pas oublier non plus le comédien de talent, Maurice SONAR SENGHOR, directeur du Théâtre National Daniel Sorano, qui lui aussi, a contribué à faire connaître les ballets nationaux du Sénégal.

Des ballets nationaux ont été créés à l'avènement de l'indépendance dans les pays africains (Mali, Congo, Zaïre etc.), désireux de promouvoir leur culture. Ils ont parcouru avec succès le monde entier et continuent toujours de se produire.

Mais les acteurs de la danse africaine d'hier ne doivent pas se laisser enfermer dans son image de "musée", manquant de dynamisme et facilement stéréotypée. Certes, il est essentiel de se sentir participer de la Grande Tradition mais nous avons le devoir, à présent, de continuer l'oeuvre de nos aînés

Dans les années 60, SOULEYMANE et CISSE ont commencé à rassembler de jeunes étudiants africains à Paris pour en former un ballet. Nous jugeons aujourd'hui de son évolution qui s'achemine vers la danse contemporaine.

Dans les années 70, les scènes de la vie quotidienne ont inspiré la comédie musicale de Souleymane KOL Y, laquelle a remporté un succès retentissant et réel auprès d'un public international.

Et aujourd'hui, Marie-Rose GUIRO (Côte d'Ivoire), Flora THEFAINE (Togo), Elsa WOLLIASTON (Etats-Unis), Germaine ACOGNY (Sénégal), KOFFI KOKO (Bénin) et la jeune génération, Irène TASSEMBEDO (Burkina Faso), Fred BENDONGUE (Cameroun-France), Georges MOMBOYE (Côte d'Ivoire), pour ne citer que ceux-là, prennent le relais et inscrivent leur travail dans la voie de la Danse Africaine des temps modernes.

De la Tradition à la Création Contemporaine. Nous devons affirmer et enrichir ce savoir que nous ont laissé nos ancêtres, et le transmettre à nos descendants.

Il convient au préalable de nous entendre sur le vocabulaire. A l'heure actuelle, il persiste en Afrique un malentendu qui fait assimiler la danse contemporaine aux MBalakh, Soukouss et Zouk, danses mondaines de divertissement. Ce phénomène sème la confusion en ce qui concerne la compréhension et l'interprétation de la chorégraphie africaine.

La vraie danse africaine évolue en parallèle avec la danse occidentale qui, en Europe et tout particulièrement en France, est née en réaction contre la danse classique et son système codifié, pour libérer la gestuelle d'aujourd'hui.

La danse contemporaine africaine est une réaction contre la danse "musée", figée dans le passé et coupée des énergies vitales qui ne cessent de se renouveler.

C'est une danse évolutive qui, tout en restant solidement ancrée dans la tradition, s'ouvre à une constante transformation des formes artistiques.

Il faut donc rectifier les malentendus et former les futures générations de danseurs à la vraie danse africaine, authentique et vivante.

Les danses africaines sont nombreuses et différentes selon leur contexte géographique et socioculturel d'origine.

Tout en préservant nos Spécificités respectives, afin d'éviter l'uniformité et donc l'appauvrissement de notre patrimoine chorégraphique, nous nous devons de reconnaître nos points de convergence.

La base commune de toutes les danses africaines réside dans un perpétuel dialogue avec le Cosmos, le seul ordre établi. Sans être emprisonnée par le carcan des gestes figés, la danse africaine obéit cependant à des règles bien précises. Elle reste en étroite relation avec la terre et le ciel, implique le respect du corps et la joie de vivre le mouvement, et surtout, mène un permanent dialogue avec le rythme, élément vital de toute chose.

La force, la beauté et une énergie qui régénère participent de l'essence de la danse africaine.

La danse africaine, c'est la Vie. C'est une richesse unique au monde et bien de chez nous. Il est nécessaire de lui donner des moyens et la sortir de son ghetto; elle se mettra au service de nos pays et deviendra l'ambassadrice de l'Afrique dans le monde entier.

La danse canalise l'énergie vers l'accomplissement des buts nobles, elle enseigne la discipline et le respect de soi. Enseignons la danse dans les écoles et elle contribuera à la santé physique et morale de nos enfants, les aidant à mieux appréhender leur intégrité culturelle.

Dotons nos Maisons de la Culture des structures d'enseignement de danse qui permettront à leur public de trouver une source d'inspiration et d'épanouissement personnel.

Créons des compagnies de danse contemporaine, lieu de formation et de création de notre jeunesse.

Enfin, la danse est aussi une forme de thérapie qui soulagera les malades et sera également pourvoyeuse d'emploi dans les institutions hospitalières.

J'invite les gouvernements des pays africains à réfléchir à la mise en place effective des structures d'accueil qui permettent aux futures générations de danseurs de se rendre utiles et de travailler dans leur pays d'origine.

Le Cameroun est connu mondialement grâce à la brillante prestation de son équipe de football, sport d'exportation. Sans vouloir mettre en cause le financement des sports collectifs, je remarque simplement que la danse africaine fait partie de notre identité culturelle à nous tous, et qu'elle manque cruellement de moyens. Cependant, elle mérite bien qu'on lui consacre un tiers du budget destiné au football. Cet argent, il faut le trouver car nous sommes confrontés à une situation d'urgence et nous devons de trouver des solutions concrètes.

Les institutions internationales se montrent prêtes à subventionner des opérations d'éclat et s'intéressent moins aux actions de formation, pourtant de première importance.

Des colloques, comme celui-ci, doivent déboucher sur des résultats tangibles et durables. Par conséquent, il nous revient de fixer nos priorités et de consacrer une partie des aides financières internationales à la formation de la relève.

En 1994, la Biennale de Lyon a été un véritable tremplin pour la danse africaine. Guy DARMET, son directeur, lui a donné la place qui lui revenait, et cela, dans les meilleures conditions. Les cinquante six compagnies invitées à ce festival ont eu l'occasion de danser dans les plus belles salles de la ville et les médias - presse, radio et télévision - ont assuré une large couverture de l'événement en Afrique et en Europe.

La Biennale a touché un large public (62400 entrées enregistrées) qui a assidûment fréquenté les lieux destinés à cette rencontre internationale de la danse noire.

Les manifestations comme la Biennale de Lyon stimulent la chorégraphie, nourrissent les échanges et encouragent les jeunes à poursuivre la création. Il faut offrir aux chorégraphes et danseurs africains des occasions de rencontres en Afrique afin de redynamiser leur créativité et favoriser ainsi l'évolution de notre danse.

Il est temps, à présent, que les créateurs africains redéfinissent leur propre esthétique et qu'ils la fassent accepter au monde. Ce sera une esthétique africaine des Temps Modernes.

Pourquoi la création contemporaine ? Nous devons affiner et enrichir ce savoir que nos ancêtres nous ont laissé et le transmettre à nos descendants. La danse est nécessaire à notre équilibre social et individuel - un peuple qui ne danse pas est un peuple malade.

En dansant, nous parlons avec nos corps de notre continent, de ses joies, de ses peines. Alors, intéressons la jeunesse à la danse car elle lui permet d'exprimer ce que la société réprouve implicitement: ses angoisses et sa sensualité. .

En proposant des thèmes liés aux problèmes et à la vie des jeunes, nous les rendrons à la danse africaine et ensemble, nous inventerons des chorégraphies nouvelles, riches et dynamiques.

La danse se moque de la drogue, elle enlève le stress et procure un moyen de thérapie qui sauvera notre jeunesse en lui redonnant la force et la vitalité dont elle a besoin.

"Nous sommes les hommes de la danse dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur" disait Léopold Sédar SENGHOR que j'admire et remercie, comme je remercie Maurice BEJART pour ce qu'il m'a apporté, ainsi que mon mari qui a investi ses économies pour me permettre de créer.

A bientôt cinquante ans, je ne considère pas devoir m'arrêter, au contraire, je continuerai à danser, à montrer que les femmes sont aussi la force.

Je souhaite que nous cessions nos querelles et qu'on travaille ensemble, que ce Colloque soit productif et que nous prenions des résolutions aussi bien que pour ceux qui sont en Afrique qu'en Europe.

Bien sûr, avec l'aide de l'UNESCO, des Etats et des Organismes internationaux, mais appliquons les ensembles, main dans la main, pour danser la danse de la vérité, la danse de la paix.

Soyons unis pour réaliser nos objectifs, nous existons par la danse, nous vaincrons par la danse.

 

 



17/10/2010
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