BALLET DES 9 PROVINCES DU GABON

BALLET DES 9 PROVINCES DU GABON

8; Colloque International Thème 2 : COMMUNICATION DE MONSIEUR François NKIELO ROSIRA (GABON)

THEME 2

" DANSE, THEATRE OU MUSIQUE : LES ARTS ASSOCIES"

COMMUNICATION DE MONSIEUR François NKIELO ROSIRA (GABON) HOMME DE THEATRE, COMMISSION NATIONALE DU GABON POUR L'UNESCO

Ma communication englobera les thèmes de Danse, Théâtre et1 Musique car je considère que chez nous il s'agit d'un spectacle total.

Puisque nous allons parler de Danse, de Musique et de Théâtre dans une anthologie spécifique, ce thème nous renvoie à des souvenirs qui troublent notre mémoire, et pourrait tout aussi bien perturber notre conversation si nous manquions de respect à la Tradition.

Je dédie ma communication aux grands Créateurs gabonais qui se sont distingués dans les domaines que nous allons aborder, et en mémoire des éminents artistes qui ont quitté la scène visible et physique pour évoluer sur une scène plus vaste, plus envoûtante, celle de l'au-delà, plus impalpable, tels Daniel ODIMBOSSOUKOU, comédien, acteur et metteur en scène de haut niveau, Raymond REVERO, acrobate incomparable et du père du Théâtre Gabonais, Vincent de Paul NYONDA, qui vient de partir... j'invite le public à observer une minute de silence.

Mon propos est centré sur mon expérience personnelle, celle que j'ai menée dans le cadre de ma recherche sur le théâtre au Gabon.

Il est basé sur la création d'une expression authentique, originale et percutante. J'ai recherché à mettre à jour la richesse, la solidité de la créativité gabonaise qui puise essentiellement son inspiration dans les rites et croyances sur lesquels se fonde le génie créateur de notre Peuple.

Ayant effectué mes études artistiques en France, et initié à différents rites anciens, je ne pouvais concevoir une expression artistique dépouillée des éléments fondamentaux, fondamentalement authentiques et fécondants de notre patrimoine, de mon enfance, de mon univers mystico-traditionnel, qui me hantaient comme des fantômes au cours de mes études.

Tous ces éléments influençaient mes investigations, ma gestation intérieure, car devant chaque enseignement reçu à l'étranger, je me posais la question de savoir à quoi cela servirait-il dans ma quête de la revalorisation, de la réhabilitation de notre culture.

Voilà succinctement le sens de ma démarche sur le plan théâtral.
II s'avère que le gestuel, la musique, les contes et légendes étaient reflet de notre univers magico religieux et que ces choses constituaient nos valeurs essentielles, de véritables expressions artistico culturelles qui associaient, intégraient une multitude de genres et de disciplines culturelles. Il fallait s'orienter donc vers la création d'un Art Total.

Relevons cet exemple: au cours d'une soirée de danse, de narration de contes, on savourait un beau texte entrecoupé de chansons, de roulements de tam-tam, du son de la cithare, du sanglot de l'arc musical; le conteur esquissait de temps en temps des pas de danse...

Ainsi, à chaque manifestation, on ne pouvait dissocier ta musique de la danse, et la danse des aspects théâtraux.

Permettez-moi de rapporter ici tout le mysticisme et le symbolisme du spectacle sacré qui met en mouvement toute la mimique intérieure de l'Homme Noir.

Lorsque la disette ou le manque de gibier survenait dans le village, le Chef invitait les habitants à organiser une cérémonie rituelle avant le départ des chasseurs en brousse.

Ainsi le lendemain les chasseurs ramenaient des "signes" de gibiers abattus. Ils surgissaient du fond du village, en balançant d'un geste éloquent et magique la queue de l'animal tué.

Tout le village accourait, attiré par ce geste rituel et, dès que l'animal avait été identifié, c'était la fête qui commençait avec frénésie, tout un théâtre vivant, mimé, chanté, dansé, baignant le pantomime.

Cette évocation est destinée surtout à vous présenter un aspect très symbolique qui démontre le génie créateur puisé dans la tradition, qui fixe dans le temps et dans l'espace un rythme et une musicalité qui colorent cet univers intérieur et sacré.

C'est ce monde et cette magie cousue de signes et de symboles que je voulais vous présenter, et qui habite l'artiste africain dont l'Art, dont l'expression ne peut-être créée sans être le reflet de sa culture, de sa culture totale, pluridisciplinaire.

C'est dans ce sens que j'ai mené plusieurs expériences sur scène prenant sève dans les plus anciens rites du Gabon, mêlant le mythe aux mîmes et la danse aux chants.

Quant à la musique, elle est transcendance et ne peut être exécutée sans engendrer le rythme envoûtant qui conduit à la danse. Des onomatopées aux incantations, des textes qui mènent jusqu'à la transe, la danse est intérieure.

On ne peut pas dire que cette danse n'obéit pas à une mise en scène parfois subtile, mais sans doute, il faut être soit initié, soit créateur pour comprendre que les gens ne sont pas là, ici uniquement pour danser.

Ces danses reprises par des chorégraphes contemporains sont redynamisées, revalorisées car nous ne devons pas vivre en autarcie.

Mais au moment même où je vous parle, où je vous fais ces évocations, il y a comme des voix qui montent des sources inaltérables, et qui dessinent dans mon imagination un spectacle immortel et fascinant.

Le théâtre, la musique et la danse sont des Arts engendrés par des réactions et des impulsions innées. Toutes les circonstances vécues sont rythmées par le chant, la danse et les mots qui définissent l'action théâtrale.

Ce comportement démontre le caractère typiquement créateur des Peuples africains, qui leurs a permis de ne pas sombrer dans l'acculturation.

 



31/03/2012
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