BALLET DES 9 PROVINCES DU GABON

BALLET DES 9 PROVINCES DU GABON

Séminaire International 2 . Mme Francine Yveline Nnoh ╬ Conférencière Internationale : 2) "Rôle de la danse sacrée dans la thérapie initiatique bwitiste

2) Rôle de la danse sacrée dans la thérapie initiatique bwitiste

 

Mme Francine Yveline Nnoh Conférencière Internationale en matière d'Iboga et de Bwiti Secrétaire de Direction Centre International des Civilisations Bantu, Gabon

Introduction

Au regard de l'extension de la dimension culturelle du développement de l'humanité, le Festival International de la Danse (FIDA) et le CID-UNESCO ont initié une nouvelle vision de la culture à base d'une série de séminaires et de colloques. Il nous a donc été demandé d'analyser les aspects régénérateurs de la danse africaine dans sa fonction thérapeutique et dont les arcanes relèvent du sacré. Ainsi, nous avons choisi le thème «Le Rôle de la Danse Sacrée dans la Thérapie Initiatique Bwitiste» . Et s'il est un des traits qui caractérise la conscience bwitiste à l'aube du 3àme millénaire, au moment où s'interroge la Conscience Universelle sur le sort de l'homme et de l'humanité, c’est bien la quête perpétuelle de la naissance, de la vie, de la mort- de la connaissance de soi et de l'autre, de la cosmogonie, de Dieu et de ses mystères. Mais avant d'aborder notre thème qui est de nature multidimensionnelle, il serait bon que l'on s'attarde d'abord sur l'asphyxie culturelle que les peuples africains ont connue au cours de leur existence. Car, en tant que précurseur de la modernité, l'expérience coloniale a, parmi d'autres, milités contre la communication verbale comme expression de la culture africaines vivante et dont fait partie la pratique médicale traditionnelle. N'était-ce pas là une façon de freiner l'évolution de l’Afrique ?

Soulignons que l'Afrique, même après les indépendances, est restée traumatisée et embrigadée par une colonisation qui, en s’imposant à elle par l'iconoclasme a nié toutes ses valeurs culturelles. Ce qui a d’emblée limité la mémoire historique, géographique, culturelle et spirituelle. En effet il nous revient de revigorer ou de remuer ce mémoire ; de la placer à une échelle universelle en redéfinissant notre histoire et en nous affirmant dans nos cultures afin de revaloriser ce qui avait été rejeté et détruit par les civilisations dites supérieures (sic). Dans ce processus de quête perpétuelle de la recherche de notre identité culturelle il est donc vital et essentiel pour l'homme de se redécouvrir dans sa totalité. Pour cela il lui faut réintroduire et réinsérer ses valeurs ancestrales dans toute la globalité de son être, de son existence et de son environnement. L'un des aspects de cette découverte est l'initiation au bwiti avec l'Iboga où la mort devient comme fin et moyen d'aller véritablement au-delà du paraître pour pénétrer la vérité de l'être. C'est à ce moment qu'intervient la danse du bwiti : l'être humain cherche davantage à transcender la mort et les mystères de la vie. Il faut donc danser ; et danser devient dans ce sens une guérison, une philosophie, un désir inavoué d'affirmation où se complète et s'équilibre la subtile relation qui existe entre la substance et l'essence, les phénomènes et les noumènes, ce qui conduit à la connaissance de la vraie sagesse.

Et notons d'abord que la sagesse de l'Iboga ne soit pas de ce siècle : c'est la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée. Dieu l’a peut-être destinée pour notre gloire. Il nous révèle cette sagesse par l'Iboga car l'Iboga sonde les profondeurs de l'âme et de Dieu. Elle nous fait découvrir l'Esprit de Vérité afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données. Nous ne pouvons pas recevoir cette sagesse dans un état naturel mais plutôt dans un état spirituel et c'est cet état spirituel qui nous permet de parler de la danse sacrée comme thérapie.

Avant d'aborder notre thème nous nous poserons les questions ci-après :
1. Qu'est-ce que la danse initiatique bwitiste et sur quels éléments s’appuie-t-elle ?
2. Est-elle une danse curative ?
3. Quelle est sa fonction dans le bwiti et que procure-t-elle à l’homme ?
4. Quelle philosophie s’en dégage ? 5. La danse du chant de la harpe sacrée

Qu'est-ce que la danse initiatique bwitiste et sur quels éléments s’appuie-t-elle ?

Parler de la danse initiatique bwitiste comme thérapie dans la psychopathologie africaine, revient à aborder les différents aspects phénoménologiques de l'état de conscience de l'homme au cours du rite initiatique. Nous parlerons de cet état de bien être dans le domaine de la danse initiatique bwitiste mêlée au son de la Harpe sacrée, du Mugongo, des tambours Tam-tam et des incantations suivies de la danse.

De cette danse sacrée se dégage toute la problématique de l'existence humaine car à travers elle, on n’appréhende pas seulement le mouvement simple du corps physique mais la profondeur du geste de l'âme. La danse initiatique est une danse mystique qui s'exécute selon plusieurs formes sous la rigueur flexible d u corps. Le geste, d'une insistance obsessionnelle, traduit en même temps la quiétude et la sérénité, soit en compagnie du chant sacré vocal, soit en compagnie de l’instant instrumental ou d'autres éléments (tambours-mbein ou ngom hochets-soki' ét l'obàka-sorte de bois Ion rarement sculpté accompagné de 4 bâtonnets) etc. Ainsi, avec l’eurythmie de toute cette batterie initiatique on trouve à la fois le mouvement de la création de l’humanité, le mouvement de la naissance, le mouvement de la mort, le mouvement de la résurrection, le mouvement de la vie, en un mot le pas mythique. La danse Bwitiste est un itinéraire spirituel par lequel l’être humain dans sa fusion avec l’âme recherche constamment l’état spirituel suprême qui amène à la béatitude qui est le plus haut point de la guérison.

Est-elle une danse curative ?

La danse initiatique bwitiste exige un certain échelonnement de dispositions psycho-spirituelles exprimant en même temps la souffrance, la peur, la mort la naissance, la vie, la recherche de l'immortalité. Le chant réincarnateur, celui qui vous amène dans votre antériorité pour vous révéler votre véritable nature, celle qui ne se perd jamais, qui reste en filigrane et vous guérit de votre ignorance dans les espaces générées du temps de votre existence et de celui de l'humanité. Il y a une certaine libération de l'âme de l'homme et de l'Ame de l'humanité et c'est ainsi que s'accomplira le destin dans la rencontre avec la vérité non réfractée celle qui est Supérieure à toute vérité; l'Origine sans forme de toutes les origines, le Néant qui cependant est Tout.

La danse initiatique s'accompagne donc d'un grand nombre de connotations ésotériques qui s'expriment dans une thématique variée. Il faut par le rythme et la cadence de toute la batterie initiatique, arriver à s'exiler, et « Extraire la beauté du mal » pour parler comme Baudelaire c'est-à-dire sortir du corps physique pour faire vibrer l'être spirituel dans le but de guérir d'un mal physique ou spirituel.

Parler de la danse initiatique c'est aussi parler de la transe positive où le corps de l'homme subit avec aisance et amour certaines vibrations et mouvements recommandés par l'esprit. Dans cet état de choses, l'être vit une certaine g globalité de son être. Son but : celui de la guérison du corps et de l'âme. C'est l’instant de vérité et d'union. Le corps est soumis à une grande purification pour se fondre dans le Grand esprit, l'union de l'être atome avec l’être sublimé.

En fait, ce n'est plus l'être physique qui danse comme dans la rumba, ou la pachanga, pop, folk et autres, mais c’est votre ego qui fait vibrer l’être physique. A ce moment donc naît une sorte d’équilibre psychophysiologique et c’est cela qui permet au banzi (initié) d’exécuter toutes sortes de danse, toutes sortes de pas, sans heurter ni tomber avec une dextérité d’orfèvre, ex. : l’Obango, les danseurs de Vickos Ekondo, les danseuses de l’Elomba avec les batteurs de tambours. L’esprit rentre en conformité et en harmonie avec le corps par l’élément gestuel.

Dans cette forme de thérapie, nous ne pouvons parler de danse de guérison sans parler du chant de la harpe sacrée, catalyseuse de la danse initiatique bwitiste se déroulant évidemment au cours d’une séance de manducation de l’Iboga. La danse bwitiste est une danse de rite qui passe par une approche multidimensionnelle. Le patient est soumis à un conditionnement physique et spirituel, ce qui permettrait au guérisseur de l’ouvrir au monde supra sensoriel, afin qu’il se connaisse et qu’il saisisse la portée du chant de la harpe et de ses instruments d’accompagnement suivi d’invocations. Pendant l’initiation tout cela se passe en trois phases : le chant vocal, les instruments et la réaction du patient suite à cette eurythmie dans l’application du rite de passage qui est le point du départ, la transition le voyage et le point final, la réconciliation du corps avec l’esprit, d’où guérison.

Quelle est sa fonction dans le bwiti et que procure-t-elle à l’homme ?
La danse bwitiste a pour fonction de réguler les sensibilités du corps et de l’esprit pour vivre et créer une harmonie. En dansant et en esquissant des pas au son de l’eurythmie de la batterie initiatique, l’être s’exile de son corps physique. Il s’auto visionne et reste dans une sorte d’abstraction physique. La danse, dans ce sens, apprend à vivre, à apprendre, à comprendre, à se transcender au niveau de « l’être » et non de « l’avoir », à s’auto découvrir, à s’auto critiquer, et à s’auto discipliner pour revêtir le manteau de l’homme nouveau en se dépouillant du vieil homme. Chaque pas esquisse, chaque geste devient un langage, une expression une manière de traverser le temps et de s’y fondre pour une finalité cognitive et thérapeutique.

La cadence de la danse bwitiste est dynamique, et cette cadence induit les gestes d’évacuation ou de libération et les gestes d’intégration ou d’harmonie. Ces mouvements réactivent l’esprit qui, partant du point de départ (gestes d’évacuation) passant par l’initiation (transition) aboutissent au point final (gestes d’intégration ou d’approbation) créant une harmonie perpétuelle de l’âme et de l’esprit. On peut alors parler de guérison.

Le chant de la Harpe Sacrée dans la danse Bwitiste
Dieu est l’émanation de Tout. Il est un Tout dans Tout, se révélant dans son omniscience, dans son omniprésence et son omnipotence. Et si l'on y croit fortement, il nous est possible de comprendre la puissance de la Harpe sacrée.

En effet, la problématique de la harpe sacrée a souvent été un sujet énigmatique dans la conception humaine : soit par refus de comprendre ou de connaître, soit par ignorance totale. L'existence ou l'acceptation de la harpe comme instrument de sanctification est un sujet qui semble opaque, à cause de sa subtilité, de sa sensibilité spirituelle, de sa nature éthérisée et fluidique. La Harpe Sacrée est par définition un instrument de guérison par excellence, et de son chant se dégage la danse sacrée ou de guérison. La quintessence de la harpe sacrée peut paraître de nos jours comme une pierre philosophale, une énigme, dont les hommes qui ne comprennent rien et ne cherchent pas a comprendre ont préféré en faire du philistinisme.

Le chant de la harpe est une musique kaléidoscopique, riche en sons, notes, symphonies et mélodies. Dans ces notes, ces sons se trouvent l'Exodus et l'équinoxe spirituel de l'univers qui, très souvent, entraînent l’être dans les profondeurs des domaines de la création, du mysticisme et du mythique. C'est ainsi que l’être malade, dans cette admiration parvient à oublier son mal et à le détruire. Et c’est dans ce sens que le chant de la harpe sacrée est thérapeutique car son chant unit les sensibilités les plus fines du corps aux sensibilités les plus fines de l’esprit, procurant une véritable harmonie guérissante.

Ce n’est pas un simple instrument de musique : c’est un instrument de valeur spirituelle quintessenciée. Nous avons pensé qu’il serait judicieux et opportun de pouvoir rendre audible et crédible la mystique du chant sacré et de la danse sacrée de la harpe. Ceci dit, le chant de la harpe n’est pas un chant vain, car si déjà les chants folkloriques font émulsion dans l’esprit de l’homme, serait-il pour le chant de la harpe sacrée, qui instruit, élève et édifie l’être qui l’écoute. Il stimule la pensée et remue le champ cosmique de la sagesse divine partant ainsi du microcosme physique au microcosme spirituel. Ce son sacré, mêlé aux notes stellaires revêt une symphonie et une mélodie divines qui sont d’une captivité très remarquable, appréhendant les sensibilités de la nature fluidique de toute chose, de toute substance. C’est donc ce chant qui guérit, soigne, en harmonie avec l’Iboga et les principes Bwitiste.

Le son de la harpe sacrée permet à l’homme de se réconcilier et de vivre en harmonie avec lui-même. Il régule, sans que le néophyte le sache, l’activité de tous les éléments cosmiques et cosmogoniques. La symbolique de la danse est très essentielle dans le rite Bwitiste et on ne peut parler de Bwiti sans parler de danse. Ces sons émis par la harpe et qui font vibrer notre énergie ont en eux la magie de la guérison. C’est ainsi que se passe le film de notre vie (négatif ou positif) et celui du mystère de la création.

Sa mélodie est une puissance divine qui s’imprègne dans toute la nature atteignant en une fraction de seconde le magma et l’écorce terrestre pour atteindre l’abîme et rejaillir sur l’écoumène afin de pénétrer l’air, l’eau, le feu, la terre et les plantes qui sont les éléments moteurs du cosmos, atteindre leur quintessence, et les faire vibrer dans le but de louer Dieu (conf. Bible Psaume 150, doxologie finale).

Pour que ces sons fassent vibrer vos membres, il faut nécessairement passer par une initiation dans un des rites Bwitistes où se fera une communion parfaite du corps et de l’esprit. Ce mécanisme ou cette phénoménologie, commence par un nettoyage systématique de votre inconscient et de votre subconscient après manducation. De ce fait votre corps et votre âme ne peuvent s’accorder en cette danse magique et curative que si votre esprit est libéré pour peser moins d’un gramme. Et dans cette forme de danse-transe on vit l’extériorisation de la pureté car la pureté rend le corps flexible, une certaine exultation se dégage de vous et suscite une exaltation totale similaire à la guérison et la beauté du geste inspirée dans toute sa dimension du sacré par l’esprit au cours de la danse initiatique. Cette danse est donc sacrée en dehors de son aspect magique et révélateur, car, si au cours de la manducation de l’Iboga on rentre en contact avec les plans divins, c’est justement à cause de cette symbiose de chants, de danses, de sons, de paroles… qui se passent dans l’homme. Chaque geste a un sens et chaque sens a son geste. Dans un aspect thérapeutique, il faut tuer le mal, l’écraser, le refouler, s’en dessaisir à l’exemple du Gospel et du Jazz qui ont été des musiques d’évasion de l’âme au cours de la traite des Noirs aux Etats-Unis.

L’évocation de certains chants initiatiques amène l’homme à se repentir. Le repentir est, dans le cadre de la métaphysique africaine, la première étape de la guérison. C’est avec elle qu’il se débarrassera de ses scories et de ses fautes, ex. ma dzoba ne minsem miam : genre de mea culpa considéré en initiation comme le premier chant pour accéder à la guérison avant manducation, et avant d’avoir pris contact avec le monde spirituel. Même si le patient n’avait ni la force ni le courage ni l’idée de le faire, rien qu’en écoutant ce chant il vous emporte de façon psychosomatique dans le film négatif de votre vie passée, présente et à venir. Ce chant provoque en vous une sorte d’auto-psychanalyse un peu comme la théorie de Sigmund Freud qui, mettant le patient sur le divan l’accablait de questions pour remuer son subconscient afin de le libérer (méthode d’ailleurs très appréciée par la science initiatique). C’est d’ailleurs par cette méthode qu’on peut faire une synergie entre la psychanalyse et la manducation de l’Iboga. Le chant « ma dzoba ne minsem miant » fait connaître au patient tout en dansant, la dimension paramétrique de ses péchés et c’est à ce moment qu’il les regrette amèrement.

De la philosophie de la danse sacrée

La philosophie est la base de toute spiritualité puisqu’il faut nécessairement passer par des méditations. La curiosité en matière philosophique et mystico-spirituelle peut se justifier par la connaissance de soi et de Dieu dans la vérité. Cette quête de connaissance fait naître en nous la curiosité qui est le désir de connaître les choses. Elle se manifeste au-dedans et autour de notre espace vital dans un contexte environnemental dans lequel l'homme doit pour accéder au salut, abolir son moi, le dissoudre dans le Tout pour une destination vers la guérison éternelle. Nous allons donc affirmer pour ainsi dire que la danse du sacré est une sorte de dialectique entre le fini et l’infini. La spiritualité étant un aspect de la culture, l’on peut dire que l’Iboga est le pôle autour duquel tournent toutes les étoiles de la constellation de la science spirituelle au niveau du monde.

Après la manducation naît une sorte de joie déterminée par une fin intrinsèque et essentielle pour la vie de l'initié. L'âme de l'homme rentre dans une sorte d'émerveillement qu'on peut qualifier d’admiration ; quelque peu surprise elle se porte à considérer avec une attention particulaire les objets, les entités, l'enseignement sapiential, les pas de danses qu'elle a découverts et qui lui semblent rares et extraordinaires. Elle rentre désormais dans une certaine consubstantialité avec le divin et se sentira guérie à jamais.

Nous savons qu'au point de vue scientifique, notre cerveau sécrète, des neurotransmetteurs qui nous permettent de saisir certains phénomènes de la nature et le physique, moral et spirituel que fait l’Iboga dans la découverte de soi ouvre à de merveilleux dons en ce sens que nous pouvons dire que la conscience est un champ utile et fertile où l’intelligence et la sagesse se cultivent avec des plantes essentielles comme la philosophie, la culture, la science, la danse, la musique et l’art.

Si nous nous référons à la philosophie cartésienne «Je pense, donc je suis » : donc j’existe ! . Je suis où et comment ? Je pense à quoi ? Et où ? Et comment ? J'existe où ? Et de quelle manière ? Tout cela s’exprime dans le chant et la danse initiatique. Par rapport à la nature je suis un microcosme dans le macrocosme, j'existe négativement ou positivement par rapport à ce macrocosme, je me définie. Pour que je prenne conscience de mon existence il faut que je me reconnaisse, que je me découvre et que je sache qui je suis, où je suis, qui j’ai été, qui je serai, où je serai et encore ce que je serai.

Je pars donc de l'être atome (néophyte, mauvais danseur) à l'être sublimé (bandzi, sage, intelligent, bon danseur) tout en considérant que la danse devient dans ce sens une véritable philosophie de la vie. Et si je me connais, par analogie, je connais la cosmogonie qui me détermine et la théogonie dont je suis sujet. Je connais désormais mon lien avec l'univers avec la Grande Ame, avec l'Etre Sublimé. Je me connais physiquement et spirituellement. Je peux discerner le bien et le mal. Je connais la voie de mon destin et même celui de l'humanité. Je vis, je pense j'existe donc réellement car je suis moi-même. « ô bonghi dzam ô buneghe wa myen dan dan wa myen etam » Ce qui signifie « N'être que soi dans toute action et en tout lieu, en toute circonstance; être son libre arbitre, exorciser la peur, la peur de mourir, la peur d'être, celle d'être face à un obstacle et de pouvoir transcender »

Conclusion

On peut ainsi dire que les incantations qui sont des paroles c’est à dire des ondes, mêlées à la danse, ont une puissance mystique sur la guérison de l’homme. Car, pour le tradipraticien, la vie, c’est l’union du corps, des sens, de l’esprit et de l’âme. Ainsi, le rite de la danse sacrée Bwitiste, mêlé à la puissance du verbe, permet de partir de la double ignorance à la vérité : ignorance de soi, de l’autre, de l’Etre supérieur et des mythes et mystères qui entourent l’univers. Aller de l’identité physique à l’identité spirituelle, de l’état de néophyte à celui de sage, de la maladie à la guérison; et sortir du gouffre de cette double ignorance par la danse n’est-ce pas là une forme de guérison ?

Cet exposé nous a permis de savoir que l’on peut restaurer sa santé, créer un état de bien être physique, moral et spirituel en passant par la thérapie de la danse qui, aujourd’hui joue un rôle de guérison très considérable dans nos sociétés africaines. La danse initiatique n’est pas la vie mais elle est au-delà de la vie, c’est la recherche systématique de dépasser la vie pour la recherche de l’Absolu. Dieu danse à travers nous, pour extirper le mal, le détruire afin de l’oublier, en nous emportant dans une extase céleste lointaine. Il nous infuse et nous instruit à tout moment et en tous lieux. Toute l’action de l’homme est d’abord conçue sur le plan de la pensée, de la réflexion et de la méditation. Le Bwiti est une unité transcendantale de connaissance et de révélation où toutes les lois de la nature se joignent et convergent vers la vérité. Le rythme dans la musique traditionnelle agit à la façon d’un médicament essentiel. Il intervient dans les rites de possession, dans le diagnostic, l’examen du malade, le traitement de la maladie, le rétablissement de la santé. Le rythme africain est une force vibratoire exceptionnelle. La danse initiatique Bwitiste n’est pas une danse de superstition, mais une façon particulière et originale de voir le monde et de le transcender.

Pour construire notre unité, nous devons tous profiter des séminaires, colloques et conférences sur nos cultures, afin que dans un élan commun, la conscience africaine soit bêchée, remuée, fouillée et que soit ainsi mis en évidence la richesse enfouie à travers les âges, pour que « l’os soit brisé pour en sucer la substantifique moelle ».



02/04/2012
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